Cours d’Histoire ou Histoire du Cours

Chaque année, lors de la journée Européenne du Patrimoine qui se tient au mois de septembre, quelques bénévoles de l’association de la Promenade
Cambronne vous proposent de passer quelques minutes avec eux afin qu’ils vous fassent découvrir ce site remarquable où il fait bon profiter du calme et de la sérénité. Ils le connaissent bien, ils l’affectionnent, car pour eux il fait bon y vivre.

Vous allez découvrir dans les quelques lignes qui suivent un aperçu de ce qu’ils sauront vous conter sur l’histoire du cours Cambronne afin de vous donner l’envie de venir en apprendre plus sur les origines et sur l’histoire de ce lieu magique.

Vous raconter l’histoire de ce cours Cambronne, c’est vous raconter d’abord l’histoire du quartier GRASLIN, car rien n’eût été possible, rien n’eût existé, sans la ténacité de ce philanthrope éclairé du  » siècle des Lumières  » de ce Tourangeau, devenu avocat à PARIS, puis Fermier Général à Nantes : Jean-Joseph-Louis GRASLIN,

Cette charge lucrative, à défaut d’être populaire et sympathique incita Jean-Joseph-Louis GRASLIN, à s’investir et à investir dans l’immobilier à une période où Nantes était en plein essor tant commercial que démographique : la ville était passée de 40 à 80 000 habitants au cours de ce XVIIIe siècle.

Jean – Joseph GRASLIN eut donc l’idée de créer de toutes pièces un quartier nouveau sur cette butte « monstrueuse » comme disaient les contemporains, qui dominait le quartier  industrieux de la Fosse. (La butte granitique fut néanmoins arasée de 5 mètres  pour créer la rue J.J. ROUSSEAU).

Il se rendit donc acquéreur d’environ 10  hectares de terrains dénommés tenues maraîchères ou pour certains à l’abandon. Son idée à la fois généreuse (car il aimait sincèrement sa ville d’adoption) sans être tout à fait désintéressée fut de proposer à la ville de Nantes de lui céder gracieusement toutes les surfaces nécessaires à la création de rues, de places… Charge à  la ville de viabiliser tout ce quartier. L’idée séduit la Mairie qui était consciente des besoins importants nécessaires à l’évolution de leur ville.

GRASLIN se réserverait les emplacements nécessaires à l’édification d’immeubles destinés à loger les « Nantais venus d’ailleurs ». Il fit néanmoins en sus, sans y être obligé, cadeau à la ville d’un emplacement suffisant pour créer une superbe place et un théâtre (inspiré de celui de l’ODÉON de Paris) nécessaire à ce nouveau quartier. En reconnaissance,  la ville de Nantes lui proposa de donner son nom à cette future place, ce dont il fût flatté et honoré : « Je ne m’oppose pas dit-il à ce témoignage de reconnaissance ».

Ce fut l’architecte voyer CEINERAY  qui édifia les premiers plans de cette place et de ce quartier. Son successeur Mathurin CRUCY (Grand Prix de ROME en 1774 et qui représentera la ville de Nantes  en 1804 au sacre de Napoléon Ier) fut l’interlocuteur privilégié de GRASLIN même si parfois les rapports furent quelque peu orageux en raison de la divergence de leurs objectifs. CRUCY le considère comme un « bâtisseur intrigant traînant après lui une séquelle de spéculateurs vulgaires ».

Le désaccord le plus marqué naquit précisément à l’occasion du plan de la place GRASLIN, car CRUCY souhaitait que la hauteur des immeubles de la place ne dépassât pas le théâtre auquel elle devait servir d’écrin. La place devait reproduire l’image de l’intérieur du théâtre dont celui-ci devenait la scène. GRASLIN souhaitant rentabiliser au maximum ses terrains réussit à obtenir un étage supplémentaire que CRUCY finit par lui accorder.

Le COURS CAMBRONNE

Le prolongement naturel voulu cette fois en commun devait être une superbe promenade jouxtée de chaque côté par des immeubles en tout point identiques -de style néoclassique- marqués par des pilastres sommés de chapiteaux ioniques.

Mais il existait un obstacle majeur à la création de cette promenade. GRASLIN n’était pas propriétaire de ces terrains qui appartenaient aux Révérends Pères Capucins qui avaient édifié un siècle plus tôt leur couvent « hors ces murs de la ville ancienne  » dont  la Municipalité avait voté la démolition quelques années plus tôt en 1755 (La rue CONTRESCARPE en bas de la rue Crébillon en était la limite OUEST). Les relations vont vite s’envenimer entre GRASLIN et les Révérends Pères Capucins, car GRASLIN propose les terrains à la vente sans l’autorisation de la congrégation, arguant du fait « qu’il serait ridicule que leurs modestes maisons se trouvassent en face de l’hôtel fastueux des plaisirs mondains  » (Le THÉÂTRE).

Les hasards de l’Histoire en l’occurrence la Révolution française et ses conséquences : la nationalisation des biens du clergé leva de façon imprévue cet obstacle. La ville devint donc propriétaire de ces terrains pour « la création d’une promenade publique et le lotissement des terrains en bordure « . Elle décida de vendre ceux-ci en 16 lots qui seront adjugés entre 1791 et 1792 à vingt-six acquéreurs avec obligation de construire dans lestrois ans.

Une charte(1791) est établie qui engage les acquéreurs et la municipalité :

En voici l’article 11 :

11°. Que la municipalité s’interdit à perpétuité la faculté de disposer du terrain de la promenade pour tout autre objet que celui auquel il est destiné.

 

Malheureusement, GRASLIN ne vit jamais son œuvre accomplie, car il est mort entre-temps. Ceci lui évita probablement de connaître le même sort que ses 28 homologues Fermiers Généraux qui furent tous guillotinés en  1794 (LAVOISIER chimiste réputé, mais également Fermier Général de son état connut ce sort le 8 mai 1794 sans pouvoir terminer une expérience en cours).

 

ARCHITECTURE DU COURS

Il est maintenant temps de découvrir la magnifique architecture de ce cours long de 179 m et large de 45 m et qui se lit de  deux manières :

HORIZONTALEMENT : la ligne de fuite si chère aux architectes est marquée par l’alignement des terrasses du rez-de-chaussée, des balcons du premier étage et de l’attique.

VERTICALEMENT : ce sont 61 travées répétées à l’identique sur une façade de 179 mètres. Modules marqués par les pilastres à chapiteaux ioniques dont nous avons parlé plus haut.

UNE PRÉCISION : le cahier des charges très détaillé établi par CRUCY obligeait bien évidemment les nouveaux propriétaires futurs constructeurs de ces immeubles à respecter un plan très strict (sans doute inspiré de celui du Palais-Royal à Paris). Des façades et des hauteurs d’étages très exactes pour se relier entre’elles : Le rez-de-chaussée ferait quatorze pieds d’élévation, sous soliveaux (# 4 m 55), le premier étage 12 pieds (# 3,90 m), le deuxième  onze pieds aussi sous soliveaux (# 3,60 m).

Car, il faut bien comprendre et réaliser que l’on n’a pas construit à l’époque des barres d’immeubles comme on le fait de nos jours, mais que les constructions s’échelonnèrent sur des lots différents au fil des années pour se terminer en 1838, et même pour le dernier en 1989, car il n’existait pour des raisons financières au 20 de Rue de l’Héronnière qu’un mur borgne masquant un jardin qui ne fut construit que récemment et porte le N°18bis.  

LA STATUE DU GÉNÉRAL CAMBRONNE

                      On ne peut pas parler du cours Cambronne sans évoquer la statue qui orne son centre, érigé en l’honneur de ce général d’Empire né à Nantes et mort à Nantes qui fit partie du dernier carré de Waterloo même s’il n’y prononça pas probablement le mot célèbre qu’on lui attribue. Pierre CAMBRONNE était une gloire locale et à son décès en 1842 la Mairie de Nantes décida immédiatement d’ériger une statue en son honneur sans toutefois savoir où elle se dresserait. Plusieurs lieux furent évoqués avant la décision définitive de la placer au centre de ce Cours qui ne s’appelait pas encore cours Cambronne, mais qui porta au fil des années le nom de cours Henri IV,  cours de la République… Et c’est précisément sous la deuxième république naissante c’est-à-dire le 23  juillet 1848 que cette statue fut inaugurée de façon très républicaine en présence de la Veuve du Général.

Qui, parmi les Officiels et Élus, se doutait ce jour – là, que quelques mois plus tard le Président de la République élu magistralement, pour la première fois au suffrage universel, serait Napoléon III, car il était loin en cet été d’être le favori… des sondages ?

La ville avait lancé pour l’érection de cette statue, d’une part une souscription, et un concours auprès de plusieurs sculpteurs. Celui qui remporta ce concours fut Jean DE BAY fils auteur des statues du passage Pommeraye.

Pierre, Jacques, Étienne Cambronne est né à Nantes les 26 décembres 1770, quai de l’Hôpital ; il est décédé également à Nantes le 29 janvier 1842 dans son appartement, rue Jean-Jacques Rousseau. Il a beaucoup vécu à Saint-Sébastien, d’abord avec sa mère dans la maison de La TREILLE (maintenant le presbytère), puis dans la propriété de son épouse, née Mary OSBURN (une ÉCOSSAISE), le domaine de La BAUGERIE (Source :  Claude KAHN (La statuaire Nantaise). 

Ils sont enterrés l’un et l’autre au Cimetière de la MISÉRICORDE à NANTES.


Les BOULINGRINS :

Remarquons, avant de nous rendre à l’autre extrémité du Cours, les parterres engazonnés dont la forme excavée (glacis) est un peu particulière et qui portent un nom bien précis celui de Boulingrin qui fait référence aux jeux de boules pratiqués par les Anglais sur un terrain qu’ils appellent un ‘’Bowling Green’’, d’où notre dénomination française.

LA FONTAINE WALLACE 

 Le petit prince d’Antoine de SAINT-EXUPERY dit : « Moi, si j’avais 53 minutes à dépenser, je marcherais tout doucement vers une fontaine ».   

 Aussi, nous ne manquerons  pas de nous avancer pour jeter un coup d’œil à la très belle fontaine WALLACE, dont le nom est dû à ce riche bienfaiteur Anglais qui après la guerre de 1870 offrit à la Ville de Paris 50 fontaines à boire à établir sur les points les plus utiles pour permettre aux passants de se désaltérer, auxquelles on donna son nom (PARIS en compterait  aujourd’hui 108( ?) qui fonctionnent comme au premier jour) : l’eau y est distribuée à environ 1,30 mètre du sol dans l’espace compris entre quatre statuettes féminines (cariatides) opposées deux à deux, dos à dos et symbolisant la Simplicité, la Bonté, la Sobriété et la Charité.. La particularité de ces fontaines est d’avoir été dessinée par un sculpteur nantais : Charles-Auguste LEBOURG (1829-1906) ce qui explique que notre ville de Nantes compte cinq exemplaires de cette fontaine (cherchez les, vous nous donnerez  la réponse aux prochaines journées du patrimoine).

 

 

LE MAGNOLIA GRANDIFLORA

On ne peut pas non plus rester indifférent en passant devant ces arbres qui ont fait la gloire de notre ville et dont un très bel exemplaire se situe à quelques pas de la grille de la rue des Cadeniers : je veux dire le magnolia  grandiflora qui a été classé arbre remarquable.

Ne quittons pas le Cours sans lire la plaque fixée sur l’un des deux petits pavillons dénommés Pavillons DRIOLLET récemment restaurés par la Ville (2013) en même temps que les Grilles dont les Faisceaux de Licteurs, car on y découvre l’histoire des noms portés par notre Cours, définitivement et officiellement appelé Cambronne seulement le 30 novembre 1936, même si les Nantais parlaient depuis fort longtemps de ‘’leur’’ cours Cambronne.

LES DIFFÉRENTS NOMS DU COURS SUR PLANS

Source des plans qui suivent : ARCHIVES MUNICIPALES NANTES

http://www.archives.nantes.fr/PAGES/ENLIGNE/cartes_plans/cartes_plans.htm

 

PLAN CEINERAY 1779-COUVENT DES CAPUCINS-TENUE  DE  LA CAGASSAIS

PLAN GRASLIN-SEHEULT 1783

PLAN COULON 1795-COURS DE LA REPUBLIQUE (La Première !)

PLAN BILANGE 1836 – COURS HENRY IV

 

Plan AMOUROUX  1849 – COURS NAPOLÉON – Avec  la  Statue de CAMBRONNE

 ORDRE Côté COURS DÉSORDRE Côté RUES

Si les façades aspectant le cours Cambronne devaient respecter le fameux cahier des charges de CRUCY de 1791, toute liberté était donnée aux propriétaires pour les façades des rues Gresset et de l’Héronnière. Les résultats n’ont pas été toujours satisfaisants, mais il est un immeuble  qu’on ne peut pas ignorer lorsqu’on visite le cours Cambronne, même si ceci nous oblige à faire quelques pas pour remonter la rue de  l’Héronnière  jusqu’au numéro 8 et découvrir le fameux hôtel des CARIATIDES : Hôtel SEHEULT  du nom de l’architecte qui le construisit pour son usage à son retour d’Italie ce qui lui valut  le surnom de « le Romain ».

Si CRUCY  a voulu avec le cours Cambronne respecter une architecture néoclassique très en vogue en cette fin du XVIII ème, SEHEULT  le Romain très  influencé par toutes les architectures classiques, a voulu reproduire sur la façade de son immeuble toutes ces styles qui ont traversé les siècles. Il faut prendre le temps d’une longue pause devant cet immeuble qui est devenu comme on le prévoyait, une fois  la restauration  terminée,  un des plus beaux de notre ville.

Quelques détails : (SOURCE : Les ANNALES DE NANTES ARTICLE DE C. KAHN)

IMMEUBLE ÉDIFIÉ pour lui- même en 1824 avec vue sur le Théâtre par

FRANÇOIS LEONARD SEHEULT (prononcer SUETTE) ARCHITECTE DIT LE ROMAIN. Nantes 1768- NANTES 1840

Côté cours il respecte le néo-clacissisme, côté rue il se fait plaisir c’est un autoportrait. II affiche sa culture, son goût pour l’antique en souvenir de ses années passées en Italie, avant de revenir en France à NANTES en 1793 où il se marie

  • Remarquer déjà les grilles extérieures sur rue.
  • Le porche d’entrée, quant à lui  emprunte ses lignes à un Arc de triomphe antique.
  • ESCALIER INTERIEUR : PUITS DE LUMIERE. (ascenseur délicieusement rétro).

La  FAÇADE :

Exprime la hiérarchisation des civilisations antiques:

  • Le décor architectural du premier étage révèle l’ÉGYPTE par la présence de têtes sculptées dont le style répond aux  chapiteaux Palmiformes des baies des ailes latérales.
  • Le second étage renvoie à la Grèce antique que symbolisent les cariatides dont l’emploi en façade reste encore peu fréquent en milieu urbain en France si ce ne sont quelques exemples parisiens comme le théâtre de FEYDEAU.
  • Les six cariatides de l’hôtel SEHEULT  se réfèrent à celles    de l’ERECHTEION près du PARTHENON SUR L’ACROPLE   D’ATHENES.
  • Enfin, la grande fenêtre en demi-cercle du troisième étage renvoie à l’architecture monumentale des termes antiques Romains. Elle est couronnée d’une Cérès, divinité de l’abondance et de la fertilité, flanquée de deux caducées qui signalent une reconnaissance au pouvoir du dieu Hermès.
  • Texte de Gérard Pompidou